Gérard CAILLAT

(Commandant de bord Concorde)

Le F-BVFA et la Paf en 1987 à la ferté Alais

Gérard est né le 1er juillet 1927 à Villerupt où son oncle était chirurgien. Il était Lorrain et fier de l'être. Son grand-père était contremaître aux Aciéries de Michevillee.
Il a gardé un souvenir ému de son premier vol en qualité de commandant de bord, un Paris-Luxembourg-Dusseldorf en DC-3, car il a survolé sa ville natale par une belle journée de juillet 1953. Son père, qui a fait carrière dans l'Armée de l'Air, lui transmet le virus qui fera de lui un aviateur de talent.
A 15 ans il est au lycée d'Alger et envisage une carrière de Capitaine au long cours. En 1944, il n'a que 17 ans et s'engage pour cinq ans dans l'aviation. Afin de rejoindre son école aux Etats-Unis, il mettra, en bateau, 17 jours pour traverser l'Atlantique à partir de l'Afrique du Nord, "sa plus lente traversée", aime-t-il à rappeler.
Il revient breveté sur Mitchell et Maraudeur en 1946.
Il frappe à la porte d'Air France mais il est trop jeune, il se retrouve alors plongé dans la guerre d'Indochine où "nous nous faisons canarder sur nos machines trop lentes". Il quitte l'Armée en 1949 avec la médaille militaire, une Croix de Guerre de trois citations.

Il entre à Air France en mars 1950, il est stagiaire pilote et vole sur Caudron Goéland et DC-3. Je fais alors sa connaissance car je suis son radionavigant. Il est nommé copilote en juin de la même année. Il ne reste que trois ans copilote et en profite pour faire une série incroyable de qualification de type d'avion : Languedoc 161, DC-3, DC-4, Constellation et Super Constellation.
Il est lâché commandant de bord en juillet 1953, il a 26 ans. Il vole sur le réseau Allemagne en DC-4, je suis toujours son radio. Il passe sur Breguet Deux-Ponts et choisi l'Algérie, il y restera trois ans.
C'est au cours de son passage sur Breguet qu'il montrera ses qualités exceptionnelles de pilote et de décideur. Le 10 mai 1955, il prépare son approche pour atterrir à Lyon Bron. Soudain une avarie de la commande de compensateur entraîne des vibrations très importantes qui secouent dangereusement la machine. Encore loin de Bron, Gérard décide de poser l'avion dans un champ. Pilotée de main de maître, la grosse badèche de 40 tonnes, surnom donné au Breguet par les équipages, glisse d'abord sur un champ de blé et s'arrête en 750m près d'un chemin de campagne.
Les 42 passagers sont indemnes, pas une seule blessure et grâce à sa robustesse, l'avion est quasi intact. Il sera réparé sur place.
Le 8 juillet, aux premières heures du jour, Yves Brunaud, le pilote d'essais de la maison Breguet met les quatre Pratt & Whitney R2800 de 2100 hp à plein régime. Les spectateurs angoissés assistent au décollage de cet avion d'un champ de terre battue, balisé pour indiquer au pilote la distance franchie.
Le Breguet est vide et décolle ses 32 tonnes en 350m pour rejoindre Villacoublay, le nid des avions Breguet.

Gérard poursuit sa carrière à Air France en volant sur Caravelle, B-707, B-747, il sera instructeur car il apprécie les hommes qui partagent sa passion du pilotage.
Il est apprécié pour sa compétence, sa gentillesse et son humilité, qui lui donne si souvent un semblant de timidité.


En décembre 1977, ce diable d'homme, dont le visage carré, les cheveux blancs et le physique de cinéma font de lui une doublure idéale pour Joke Ewing, est au sommet de son art et participe au stage Concorde.
Pendant 10 ans il servira l'avion avec une très grande rigueur. Il a réalisé beaucoup de vols spéciaux avec une affection particulière pour ceux qui le ramenaient dans le ciel autour de sa Lorraine : Metz, Nancy, Luxembourg, Liège, Bastogne etc…
Il a signé des vols où il partageait sa passion de vrai pilote en offrant aux fanas de l'aviation ce qu'il y avait de plus beau dans le ciel, Concorde en formation avec la Patrouille de France à la Ferté-Alais, au Bourget, à Lognes et à Rennes pour Yves Duval.

Le 1er août 1987 il prend sa retraite, et totalise alors 25.000 heures de vol et sur son avion préféré, Concorde, il fera 3.250 heures dont 2.275 en supersonique.
Il est Chevalier dans l'ordre de la légion d'honneur, officier dans l'ordre national du mérite et il est titulaire de la médaille d'honneur "OR" de l'aéronautique.

Bien sûr il pilote encore. C'est sur son avion de cœur, un PT-22 de l'US Army Corps de 1939 qu'il a complètement restauré, qu'il fera ses plus belles heures de vol.
Son nouveau port d'attache est à l'Aéro-Club d'Yvetot dans la chaleur et la richesse de ses débuts dans l'aviation, attiré par la musique des moteurs à pistons.

A la Ferté, il avait la chance de piloter son PT22 le matin et présenter le Concorde l'après midi, en compagnie de la Patrouille de France.
Cette photo a été prise lors du meeting aérien de la Ferté Alais en 1989.
Gérard Caillat est en place avant.

 

Gérard Caillat s'est envolé, le 21 septembre 2001 dans le ciel de tous ses avions, ces drôles de machines qu'il n'a cessé de construire, de réparer et de bichonner.

J'ai pris cette photo à Roissy, le 21 septembre 2000.
Le F-BVFC était de retour de New York.

De gauche à droite : Gaby Aupetit, Gérard, Jacques Schwartz, son compagnon de route et René Duguet.

 

 

Je suis très fier d'avoir été son ami…

Edouard Chemel.
(Président Honoraire de l'AIACC)



Photos : E.CHEMEL et B.CHARLES